Go to EnglishFrançois Vivier Architecte Naval
Bateaux du patrimoine creux

Sont décrits ici, par taille croissante, les bateaux du patrimoine creux, c'est à dire non-pontés, auxquels j'ai contribué. Une autre page est consacrée aux bateaux pontés. Je vous invite à visiter aussi une présentation générale des bateaux du patrimoine.

Sant Budog, canot misaine
Long. coque:
5.73 m Largeur:
2.15 m Déplacement: 750 kg
Voilure:
19.5 m²

AnnieSant Budog a été construit par le Chantier du Guip en 1986 pour un particulier. Trois autres unités suivront, chacune construite par des chantiers différents, dont l'une, Annie, en Cornouaille britannique. Sterenn (photo) est l'un de ces misainiers.
C'est une réplique très fidèle de ces très nombreux misainiers, ou canots misaine, qui pratiquaient la petite pêche côtière en Bretagne Atlantique. Dans les années 70, de nombreux canots de ce type, souvent motorisés et modifiés, naviguaient encore.
Aujourd'hui, la plupart ont disparu et seule la construction de nouvelles unités, parfaitement adaptées à la "pêche-promenade" permettra d'en préserver la mémoire.

Les trois s?urs, kerhorre de la rade
Long. coque:
6.2 m Largeur:
2.2 m Déplacement:
1.5 t
Voilure:
34 m²

Alors que la grande majorité des bateaux du patrimoine reconstruits le sont à l'initiative d'une association, les 3 soeurs est, comme Sant Budog, un bateau de particulier et il est heureux qu'il en soit ainsi. Il est vrai que le propriétaire, Bernard Cadoret, n'est autre que l'auteur d'Ar Vag et le créateur du Chasse-Marée. On le voit d'ailleurs ici à la barre de son bateau.
Kerhorre est le nom d'un hameau de Kerhuon, en amont du pont de Plougastel sur l'Elorn.  C'était aussi une forte communauté de marins et ce nom désigne aussi leurs bateaux, petites chaloupes pratiquant une pêche semi-nomade dans la rade de Brest. Les pêcheurs kerhorres vivaient souvent à bord de leur bateau, cabanant sous la voile, embarquant souvent femme et enfants comme équipage.
Les trois S?urs a été réalisé au chantier Stipon du Fret et lancé en 1984. La construction en est totalement traditionnelle. Toutefois, appréciant comme moi les bateaux performants, Bernard a voulu munir son bateau d'une dérive. J'ai proposé une dérive sabre, juste sur l'avant du grand-mât.

An Durzunel, chaloupe de Loguivy
Long. coque:
6.6 m Largeur:
2.58 m Déplacement:
4.9 t
Voilure:
49 m²

Construit par Yvon Clochet à Tréguier, lancé en 1984 pour l'association "Communes", An Durzunel est l'un des bateaux les plus attachant que j'ai eu la chance de dessiner. Cela est du à l'époque du modèle d'origine (1880), au projet de navigation de l'association (école de mer), au choix exigeant d'un bateau sans moteur, à la région exceptionnelle (Trieux et archipel de Bréhat) qui constitue son lieu de navigation habituel.
An Durzunnel est aussi l'un des tous premiers bateaux traditionnels français à faire l'objet d'une projet de reconstruction, avec un très haut degré d'authenticité.

Voir article dans le Chasse-Marée N° 20.

Par sa petite taille, An Durzunel est le type même de bateau traditionnel qu'un particulier pourrait faire construire aujourd'hui, éventuellement sous une forme modifée et modernisée dans son mode de construction. J'aurais beaucoup de plaisir à le re-dessiner si l'occasion m'en est donnée.

C'hoari w'an dour, misainier à tape-cul
Long. coque:
7.46 m Largeur:
2.6 m Déplacement: 3.2 t
Voilure:
56 m²

Evolution des anciens canots sardiniers, C'hoari w'an dour est un misainier à tape-cul, tels qu'ils existaient dans les années 1910 à 1930 dans le sud Finistère.
Le tape-cul est simplement bordé sur la tête de gouvernail, d'autant plus reculée que la quête d'étambot est extrême. Il constitue une voile d'appoint par petit temps.

Ce bateau a été construit en 1985/86 par les ateliers de l'enfer à Douarnenez pour l'association "La Misaine".
Il navigue auourd'hui dans la baie de Concarneau.

Poulligwen, chaloupe du Pouliguen / Croisic
Long. coque:
8.72 m Largeur:
2.9 m Déplacement: 5.2 t
Voilure:
63.5 m²

Poulligwen est une reconstruction entreprise par une association du Pouliguen en 1990. En fait c'est surtout une réplique des chaloupes du port voisin du Croisic qui pratiquaient la pêche au casier, ce qui exige un bateau très manoeuvrant. Contrairement aux chaloupes sardinières, Poulligwen a un taille-vent (grand-voile) à gui (bome) dépassant largement sur l'arrière et équilibré par un foc, permettant de louvoyer facilement.
La coque, avec son tableau assez large et à faible quête, rappelle les bateaux de Basse-Loire, avec des similitudes avec les canots Bas-Indrais. De nombreuses photos anciennes du port du Crosic ont permis de reconstituer un plan très respectueux des caractéristiques locales à la fin du 19ème siècle, avant que des influences bretonnes ne modifient le type.
Il existe même des photos de bateaux plus anciens (1880) avec grand-voile amurée en abord qu'il aurait été passionnant d'adopter, mais cela n'a pas été retenu pour faciliter l'utilisation du bateau.

Ar Gentiles, flambart goémonier de Perros-Guirec
Long. coque:
8.84 m Largeur:
3.48 m Déplacement: 9.9 t
Voilure:
83.5 m²

Comme An Durzunel, Ar Gentiles est gréé en flambart, grand-voile au tiers avec gui, misaine et foc. Cela donne un bateau puissant et très manoeuvrant.
L'association à l'origine du projet ne disposait que de documents photographiques, heureusement assez nombreux et des archives de la Douanes et de l'Inscription Maritime. Cela m'a permis de reconstituer plan de forme et de voilure.
C'est un bateau magnifique que vous rencontrerez facilement dans les eaux de Perros.

Saint Efflam, canot médieval en cuir
Long. coque:
9 m Largeur:
2.2 m Déplacement: 1.3 t

Revenir sur la route suivie par  les moines celtes avant l'an 1000, vérifier la vraisemblance des récits de navigation qui nous sont connus, tel est l'objectif de l'association "Aux marches de Cranou".
C'est ainsi que l'association a construit le Saint Efflam, après de longues recherches historiques. La coque est réalisée en cuir sur une structure en bois, sur le principe des curraghs irlandais existant encore aujourd'hui. J'ai apporté ma contribution en dressant un plan de forme sur la base des informations recueillies, tout en veillant à assurer les qualités nautiques requises.
Une formidable expédition s'en est suivie, dont on trouve le récit dans le numéro 136 du Chasse-Marée.

La Barbinasse, canot beg-hir de l'Ile Tudy
Long. coque:
9.1 m Largeur:
3.05 m Déplacement: 4.9 t
Voilure: 64 m²

Dans les premières années du 20ème siècle, les canots sardiniers adoptent, tout particulièrement dans le pays bigouden, une étrave à guibre assez surprenante. Est-ce un effet de mode, ou bien s'agit-il d'amurer la misaine un peu plus sur l'avant et gagner en surface de voilure alors que les bateaux étaient construits de plus en plus larges ? L'origine des canots "Beg-hir" est mal connue mais de nombreux documents photographiques permettent d'en faire une reconstruction fidèle.
C'est ce qu'a entrepris une association de l'Ile Tudy, le port qui fait face à Loctudy à l'entrée de la rivière de Pont l'Abbé. Le bateau a été construit localement par une équipe de charpentiers et de bénévoles en 1997. C'est d'ailleurs le premier bateau pour lequel j'ai fourni un tracé vraie grandeur des membrures et de leur équerrage sur calque polyester, ce qui a grandement facilité la construction.
Par chance le bateau n'a pas été muni d'un moteur fixe, qui dégrade toujours fortement la marche sous voile sur un bateau traditionnel. On a profité de la quête du tableau pour y placer un moteur hors-bord discret et que l'on peut relever lors de la navigation à la voile.

Enez Koalen, homardier de Loguivy
Long. coque:
9.18 m Largeur:
3.4 m Déplacement: 10.1 t
Voilure: 76 m²

Comme An Durzunel, Enez Koalen a été construit pour l'association Commune qui voulait cette fois une réplique de homardier de Loguivy, ce petit port à l'ouvert du Trieux, face à Bréhat.
Les formes ont été dessinées à partir de photos de bateaux à l'échouage et aussi de ma collection assez fournie de bateaux traditionnels proches, en particulier de langoustiers du Finistère.
Le pontage en avant du mât donne un abri à l'équipage, l'association restant fidèle à la tradition avec un bateau non ponté et non motorisé à son lancement en 1989 par Yvon Clochet.
Depuis 2004, Enez Koalen est la propriété de Voiles et Tradition et a fait l'objet d'une restauration. Cette société arme plusieurs voiliers traditionnels et propose des sorties pour les particuliers, entreprises et comité d'entreprises en Bretagne Nord.

Marie Claudine, chaloupe Plougastel du XVIIIe
Long. coque:
9.6 m Largeur:
2.72 m Déplacement: 6.1 t
Voilure: 50 m²

Quel merveilleux bateau tout droit sorti des gravures d'Ozanne ou Morel Fatio! Les chaloupes de Plougastel étaient avant tout des bateaux pratiquant le bornage, c'est à dire le transport de marchandises et de passager entre divers lieux de la rade de Brest. Le gréement est très caractéristique d'une évolution en cours qui donne progressivement naissance à la voile au tiers à partir de la voile carré. Dans un premier temps, les marins vont hisser leur voile "carré" au tiers (environ) de la longueur de la vergue. Simultanément, on enfonce la coque à l'arrière pour améliorer le plan de dérive et donc l'aptitude à remonter au près. Les mâts se trouvent alors inclinés sur l'arrière, d'où ces vergues qui "tombent" vers l'arrière. L'étape suivante est de modifier la coupe des voiles qui vont devenir des vrais voiles au tiers, abandonnant la symétrie transversale de la voile carré. Noter que voile carré ne signifie pas que la forme de la voile est carré - elle était plus souvent rectangulaire ou trapézoïdale - mais que son plan de symétrie est transversal et non longitudinal comme celui des gréements modernes. Le mot carré a ici le même sens que dans l'expression "faire son lit au carré".
En fait, dès l'origine, Marie Claudine a eu deux jeux de voiles. Celui, historique, que l'on voit que la photo, avec des voiles en lin, et un autre à voiles au tiers, plus "moderne" et aussi plus pratique et efficace. C'est probablement celui que vous aurez l'occasion de voir si vous croisez dans la rade.

Eliboubane, chaloupe sardinière
Long. coque:
10 m Largeur:
3 m Déplacement: 6.4 t

Yvon Le Corre est un marin et un artiste hors pair. Les deux sont intimement liés car ses bateaux ont toujours été le moyen pour lui de vagabonder avec son carnet de voyage qui en revient magnifiquement illustré. En 1979, il perd Iris sur des hauts fonds près de Newcastle.  C'est alors qu'est publié Ar Vag, ce livre qui décrit en détail les chaloupes sardinières. Son bateau sera un canot sardinier douarneniste (on dit canot si l'arrière est à tableau, chaloupe s'il est à cul rond).
J'en dessinerais les formes en respectant scrupuleusement les traits les plus caractéristiques de ces bateaux : étrave rentrante, bouchain très marqué, forte quête d'étambot. Le bateau est construit par le chantier Daniel à Paimpol et lancé en 1981.
Yvon essayera sucessivement de nombreuses variantes de gréement car il lui faut pouvoir naviguer seul alors que ces bateaux embarquaient un équipage nombreux pour la pêche. On le voit sur la photo avec le gréement le plus proche de celui des sardiniers.
On trouvera un bel article sur ce bateau dans le numéro 2 du Chasse-Marée et je ne peux que vous encourager à lire les livres de dessins d'Yvon, en particulier "Les outils de la passion" édité par le Chasse-Marée.

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